Carnet 1840

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Chroniques

Vivre au ralenti : le slow living

27 mai 2019

«Je n’ai pas le temps.» On répète souvent cette phrase, tout en sachant qu’il faudrait plutôt prendre son temps… sans savoir comment le faire. Et si on se laissait inspirer par le slow living?

 

Au rythme de l’escargot

À l’opposé de la société de performance du 21e siècle, le mouvement du slow living propose de prendre son temps dans toutes les sphères de la vie. Il est dérivé du slow food, né en Italie à la fin des années 1980 pour protester contre la malbouffe et la surconsommation alimentaire.

Le mot sert aussi d’acronyme pour représenter les quatre valeurs de base du mouvement :

S = Sustainable, qui est durable, écoresponsable.

L = Local, qui mise sur la production et lachat local.

O = Organic, qui privilégie la production biologique.

W = Whole, qui est entier, le moins transformé possible.

Le slow living s’incarne autant dans son rythme de vie que dans ses choix de consommateur (par une mode plus éthique opposée à la fast fashion, par exemple, ou par une alimentation locale et saisonnière). Les adeptes proposent simplement de consacrer plus de temps à chaque chose en étant pleinement conscient des gestes posés, au lieu de se précipiter pour essayer de tout cocher sur une liste de tâches. C’est une sorte de carpe diem au quotidien!

Plusieurs artisans membres de Fabrique 1840 ont choisi cette voie afin de se reconnecter à leur environnement. Leurs créations en portent l’influence. Afin d’en savoir plus sur cette façon de voir la vie et l’art, nous avons pris le temps de discuter avec Trudy Crane, de Lookslikewhite, et Patrice Didier, de La Compagnie Robinson.

En famille avec La Compagnie Robinson

«On pourrait définir ce que ça veut dire, “bien vivre”, mais pour moi, c’est prendre le temps de bien faire les choses. Ça prend du temps, bien faire les choses. Et quelques fois, pour bien les faire, il faut savoir ne rien faire», exprime Patrice de La Compagnie Robinson, basée au cœur de la nature à Brigham, au Québec. Le créateur préfère ne pas se presser pour fabriquer ses pièces de maroquinerie, comme le vide-poche en cuir et ses porte-cartes et portefeuilles.

Dans le but de passer du temps avec sa fille, Patrice préfère n’occuper qu’un emploi à temps partiel et se réserve toujours une plage horaire pour… ne rien faire! «On finit toujours par faire quelque chose, mais on laisse le flow de la vie décider comment on passe ce temps», explique le créateur. «C’est toujours cool de se laisser voguer au fil des rencontres, des découvertes ou des désirs.» Il arpente aussi la montagne une fois par semaine, pour prendre l’air frais et s’énergiser.

Comment en est-il arrivé là? «J’ai toujours été impressionné par les gens qui sont capables de dire non afin de conserver leur équilibre de vie. Notre santé, notre vie familiale, la connexion que l’on a avec notre communauté, ce sont tous des éléments qui importent dans l’accomplissement de notre travail.» Pour Patrice, le fait d’adopter un rythme de vie plus lent s’inscrit non seulement dans une réflexion sur son travail d’artisan, mais aussi dans une philosophie globale par rapport à qui il est. «On a envie de s’entourer de gens qui prennent le temps d’écouter, qui s’intéressent à qui on est. Je veux être ce genre de personne avec qui les gens se sentent bien», philosophe-t-il avec douceur.

L’approche holistique de Lookslikewhite

Pour Trudy, la céramiste derrière Lookslikewhite, «le slow living, c’est être conscient de nos choix, de la façon dont ils nous affectent et ont un impact sur l’environnement.» Elle voit les choses de façon globale, au quotidien, alors que chaque geste est plus réfléchi, mesuré. «Pour moi, ce n’est pas être plus lent – nous sommes tous à la course! –, c’est plutôt me demander ce qui compte réellement pour moi et comment je peux faire une place à tout cela dans ma vie.» Ses pièces de céramique, comme les tasses à café, sont d’un blanc délicat, tout en minimalisme.

Sa réflexion découle naturellement de son travail de créatrice. «Être artisane, c’est forcément faire partie du mouvement slow. D’abord, créer prend du temps! Il faut soigner le geste. Être délicat. Et aussi réfléchir au type de matériau à utiliser afin d’être plus durable.» Trudy a quitté son emploi dans le domaine de la mode afin de consacrer sa vie à la création, en ouvrant son studio de céramique dans le Mile-End de Montréal. «Ce changement m’a aussi aidée à devenir plus consciente. Il a donné un sens à mon quotidien.»

4 gestes pour un quotidien plus slow, selon Trudy

1. Avoir une conscience environnementale et comprendre que nous sommes tous liés, notamment en diminuant l’utilisation de plastique.
2. Devenir végan, ou cuisiner le plus souvent possible.
3. Méditer chaque jour.
4. Contribuer à la communauté, notamment en prenant la parole à propos de causes qui nous tiennent à cœur et en achetant des produits artisanaux.

Être artisan et adopter un mode de vie plus simple, comme pour Trudy et Patrice, c’est non seulement fabriquer à la main de beaux objets utiles : c’est aussi créer du sens. Comme le souligne si bien la céramiste, «tout ce que je cherche à faire, c’est apporter une intention dans la vie des gens; j’espère que mes pièces les aideront à apprécier leur repas et à prendre le temps de le déguster.»

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